Bouh la rentrée

Publié le 4 Septembre 2022

Demain, il va falloir enfiler de nouveau complètement le costume du prof et repartir vaillamment au bagne. (Je n'ai plus peur de dire ce que je fais mais ça ne fait pas longtemps ! On a une image tellement dévalorisée !)

Demain, il va falloir se lever à 6h. 

Et aujourd'hui, je suis déjà épuisée tant physiquement que psychologiquement. Mon corps n'a pas vraiment l'air d'accord pour repartir, il m'indique de la fatigue extrême et mon esprit m'inflige une boule dans le ventre et un état de panique. D'ailleurs depuis plus d'une semaine maintenant je fais des cauchemars d'élèves indisciplinés dans ma salle de classe.

On parle beaucoup des profs qui n'en peuvent plus, en ce moment, on parle de la maltraitance que l'on subit au quotidien. C'est étonnant car pour une fois on ne s'en prend pas plein la face. Et ça montre que MR Lo et moi ne sommes pas seuls à penser à nous échapper de ce bourbier. 

Personnellement, mon sentiment actuel c'est de ne pas avoir envie de me faire de nouveau maltraiter. 

Ce qui m'use, c'est de ne plus avoir d'armes pour lutter contre l'incivisme, le manque de respect, et le bruit. Car maintenant, il ne faut plus rien leur dire, à ces chérubins. La bienveillance est le maître mot. Notre autorité est sans cesse mise à mal par notre hiérarchie, nos actions n'aboutissent pas, les élèves sont rois. Alors on se retrouve dans des situations ubuesques. On doit garder un élève en classe coûte que coûte même s'il casse tout et insulte ses camarades sous prétexte d'inclusion scolaire, par exemple. Et dans une classe difficile ce genre d'exemple devient traînée de poudre. Plus personne ne respecte plus rien car s'il ne lui arrive rien, pourquoi arriverait-il quelque chose aux autres? Ce serait très injuste. Ils ne mettent pas longtemps à le comprendre.

On se retrouve avec des élèves qui s'adressent à vous comme si vous étiez leur soeur, qui vous critiquent ouvertement ou même, se moquent de vous. Vous contactez les parents, les élèves reviennent la semaine suivante en disant que ceux-ci ont bien ri à la place de les sanctionner.

A force d'être soumise au bruit, je deviens à moitié sourde. Et surtout je ne le supporte plus. Mais, toutes les règles que j'établis en classe sont sans arrêt mises à mal par les élèves eux-mêmes car ils n'en supportent plus aucune. Combien de fois je dois supporter les râleries et jérémiades, les reproches. Parce que voyez vous, on a beau se casser la tête pour trouver des activités sympas, y'en a toujours pour ne pas aimer, ne pas avoir envie, démonter tout le boulot et critiquer mes règles ou ma pédagogie. Sans plus aucun filtre. Et moi, je souffre régulièrement de tout cela. Quelques fois, les heures de cours sont des heures de torture où chaque seconde résonne jusqu'à ce qu'enfin le gong retentisse. Et pourtant je vous jure que je mets du cœur à essayer de faire de mon mieux. Mais, quelques fois, je baisse les bras jusqu'à subir le cours pendant une heure en espérant que l'heure suivante soit plus cool. C'est une situation que je vais vivre avec des classes que j'ai eu l'année dernière et que je retrouve. Alors forcément, je n'y vais pas de gaité de coeur. Et mes collègues ne font pas mieux . Ils vivent le même genre de situations. On le vit tous dans notre lycée pro. A plus ou moins grande échelle selon l'importance de la matière enseignée et la carrure des personnes. Mais même des personnes a forte carrure n'ont pas toujours l'autorité escomptée. Et si avant on pouvait compter sur une solidarité entre nous pour régler les problèmes de discipline, cela n'est plus vrai. Chacun est déjà bien occupé par sa propre gestion des classes.

Moi, je vois passer 270 élèves par semaine dans mon cours, à raison d'une heure chaque classe. Et chaque heure est un combat où je ne sais jamais à quelle sauce je vais être mangée. En deux minutes, tout peut basculer malgré mes efforts pour mettre en place une discipline bienveillante mais ferme dans mes classes. D'un seul coup, sans le voir venir, je peux me faire insulter.

Et je sais que derrière, par ma hiérarchie, les parents et les élèves,  et même si je ne pense pas être une mauvaise enseignante, je serai jugée et pas forcément soutenue.

​​​​​​Et puis à côté, nous sommes corvéables à souhait. Depuis quelques années on ne nous consulte plus pour les changements d'emplois du temps, par exemple. Nous découvrons quelques fois le matin même que notre planning de la journée a changé. Nous en sommes réduits à des cases sur un écran. On ne nous considère plus comme des équipes compétentes, on ne nous consulte plus dans les décisions (on fait semblant de nous consulter mais notre avis ne compte pas). On nous impose simplement un mode de fonctionnement même si nous savons qu'il est voué à l'échec.

Nous sommes aussi infantilisés sur bien des plans. Il s'en faut de peu, je vous le dis, pour qu'on soit bientôt obligés de devoir s'excuser auprès d'un élève qui nous aurait insulté. On nous interpelle déjà pour nous faire des remontrances en présence d'élèves, ou on nous change nos notes sur le logiciel sans nous consulter ou nous en parler au préalable. On nous interdit aussi l'accès libre au papier pour les photocopieurs... Bref.

​​​​​​Nous sommes également une profession où la moitié des heures que nous effectuons n'est pas clairement définie sur un emploi du temps. Il n'y a pas vraiment de cadre. Alors les réunions, les sorties scolaires, les surveillances, les conseils de classe, nous les faisons bien évidemment sans heures sup et sans limites non plus. Nous sommes en plus un peu comme des étudiants éternels car nous devons passer notre temps à renouveler nos enseignements donc à faire des recherches et à monter de nouvelles séquences donc à ramener du travail en dehors des heures de cours, sans compter les copies que nous corrigeons à la maison. Tout cela sous l'oeil intransigeant des gens en général, qui jugent que l'on ne fait rien, et nous critiquent tant qu'ils peuvent (évidemment, on a tous un compte à régler avec un prof qui ne nous a pas plu, donc c'est facile de déverser sa haine et sa jalousie...). 

Alors oui, on a des vacances. Et c'est la seule chose qui nous fait tenir le poste pour le reste de l'année. Qui voudrait faire prof, avec un niveau bac+5 s'il n'y avait pas cet avantage? (Et je ne parle même pas des salaires! chaque fois que j'ai fait grève, ce n'était que pour défendre notre institution! mais si je pars à 62 ans à la retraite, je toucherai 1400 euros brut par mois...). Ce n'est pas la reconnaissance des autres non plus qui nous fait tenir car elle est inexistante, ni la joie de transmettre (j'ai la sensation de ne faire que de la discipline et de ne pas transmettre grand chose, hélas). En fait, les profs sont toujours consciencieux mais plus forcément passionnés.

Pour relativiser, non je n'aimerais pas être à la place d'un maçon ou d'un ouvrier aux 3/8, je le concède. Néanmoins, je vous promets que tout le monde sortirait gagnant si le blason du prof était un peu redoré et qu'on lui exprimait non seulement de la gratitude mais surtout, du respect. A prof heureux, élève heureux. 

Cette question est vraiment essentielle à notre société. Tout comme la question de l'hôpital. Il y a des secteurs qu'il faut chouchouter pour que la société entière en tire les bénéfices. 

Cette réflexion n'empêchera en rien le déroulé de cette année scolaire. Allez, courage. Il faut bien rempiler. 

​​​​​​A part ça, je viendrai vous raconter bientôt ces derniers mois qui ont été très très riches en émotions et en découvertes. Par contre, on n'a rien avancé dans nos travaux, et pourtant, nous espérons que le gîte nous permettra une reconversion à peu près convenable, ou à compléter avec une autre activité ... je suis en plein questionnement.

Bouh la rentrée

Rédigé par Loukoum

Publié dans #Pensée du jour, #Petites histoires de rien du tout

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H
si vous voulez plus d'échanges on pourrait peut-être passer par les mails...j'y suis beaucoup plus à l'aise...:)
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L
Vous pouvez passer par le formulaire "contact" du blog, cela vous mettra sur mon adresse mail si cela vous dit :-)
H
Bonjour !<br /> Ayant été moi-même enseignante dans le même genre d'établissement, je vous comprends tout à fait et chacune de vos réflexions me rappelle les mêmes mauvais souvenirs...<br /> La solution que j'ai trouvée : changer de boulot et faire tout autre chose.<br /> Je ne regrette qu'une chose: ne pas l'avoir fait plus tôt!<br /> Bon courage; il y a toujours des solutions...<br /> Helene...une lectrice belge assidue de votre blog , depuis le début!
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L
merci!!!
H
En fait, je me suis recyclée comme prof de yoga...et j'ai pu aider pas mal d'enseignants, entre autres.<br /> on ne gagne pas une fortune mais ça valait la peine !<br /> Helene<br /> Ps : je ne sais pas si j'ai répondu à la bonne place car je ne m'y connais pas du tout en blog etc...
L
Bonjour Helene!<br /> Que faites vous maintenant? <br /> Merci de votre message, et de votre fidélité!