La (vie en) communauté, c'est casse-pieds

Publié le 7 Octobre 2017

La (vie en) communauté, c'est casse-pieds

Dans le temps, par ici, l'été tout le monde se regroupait pour la saison des foins, car avec les pentes , il fallait des bras pour couper l'herbe, la retourner, la transporter jusqu'aux fermes. Il y a avait à l'époque, dans la région, une grande solidarité montagnarde, qui s'est aujourd'hui un peu perdue  (sauf chez quelques anciens, mais il n'en reste pas beaucoup) et c'est vrai que c'est dommage, parce que finalement, l'homme est fait pour vivre avec son semblable, et quand les conditions sont rudes, c'est bien de ne pas être seul. Dans le temps, la fraternité jouait son rôle, il y avait des codes à l'entraide.

Ailleurs il y a beaucoup de tribus dans le Monde où les gens vivent ensemble, et c'est comme ça, c'est ancestral. A Bali, les gens vivent les uns avec les autres, en famille avec les voisins, les amis, les autres personnes avec qui ils partagent les fêtes religieuses, ils n'imaginent pas qu'on puisse vivre isolé, cela ne fait pas partie de leur conception des choses. Et même, ils trouvent ça bien triste!

C'est vrai que parfois, je me suis trouvée bien embêtée d'avoir ma famille à 600 km, aucune personne fiable sur qui compter dans les environs parce que j'étais complètement submergée par les travaux, mes enfants bébés, et que je n'avais pas de temps pour rencontrer quiconque. J'aurais aimé, à cette époque, pouvoir m'appuyer sur l'épaule de mes parents pour me garder mes enfants quelques heures, histoire de souffler et d'aller prendre l'air, pouvoir compter sur les conseils d'une amie, ou tout simplement avoir quelqu'un à qui me confier.

Une fois, j'étais derrière une espagnole dans la queue du supermarché, et je l'entendais qui racontais que c'était dur pour elle d'être en France, qu'elle avait le cafard et qu'ici, elle ne pouvait pas faire comme en Espagne, hop, appeler sa mère ou sa meilleure amie et filer les voir pour qu'elles refassent le monde et se remontent le moral. Ça m'avait interpellé. 

Mais d'un autre côté, même si des fois j'ai trouvé dur cette situation, j'ai quand-même du mal à supporter la vie en communauté.

Dans un sens, j'aime ma tranquillité. Mais il n'y a pas que ça. Il y a aussi que les gens finissent toujours par m'énerver. Et je dois dire que c'est surtout le côté profiteur qui m'exaspère chez beaucoup, et parfois le côté mou du genou.

Ce que je veux dire, c'est que quand on se met en groupe pour réaliser des choses en commun,  des chantiers participatifs, des travaux partagés (en connaissance de cause... le jardin potager collectif, le pressoir du jus du pomme... etc), il y a toujours dans le lot des personnes présentes, des gens qui laissent les autres en faire le max et qui se servent. ( sans compter des divergences d'opinion quand à la manière de procéder! : des fois c'est chaud, quand il y a des personnes dans le groupe qui préfèrent labourer avec des ânes alors que les autres sont pour le travail en tracteur, ceux qui sont pour planter des fleurs et les autres qui veulent du rendement, quand certains ramassent les limaces et leurs parlent avant d'aller les remettre plus loin, alors que les autres les trucident à la fourchette pour qu'elles arrêtent de se reproduire, quand y'en a qui veulent replanter des haricots et les autres qui ne sont pas d'accord parce qu'ils se sont déjà tapé tout le boulot, etc, etc...ca ne manque pas d'animation!!! Sans compter ceux qui plantent 1 rangée de patates pendant que toi t'en a fait trois et qui te disent ce que tu as à faire 😤)

Pourtant, on a un ami qui, lui, donne tout à corps perdu dans le collectif, le communautaire.

C'est chez lui que l'on fait le jardin, mais il y a aussi chez lui, un atelier de menuiserie collectif, un local pour les réunions d'une association de théâtre de rue. Il tue le cochon et il fait aussi une journée de pressoir de jus de pommes annuelle.

D'ailleurs, au début, le jus de pommes, il le faisait chez nous et avec nous; Mais têtu comme un bourricot, il a absolument voulu que ça se passe aussi chez lui. C'est à ce moment là que l'on s'en est désolidarisé, mais sans se fâcher. parce que nous, on aime bien le faire chez nous, on trouve que c'est plus hygiénique, et on met des règles:

On redistribue le jus de pomme pasteurisé au pro-rata des pommes amenées par chacun, sauf pour ceux qui sont juste venus aider à la journée, on leur file, une trentaine de bouteilles selon la production... et comme il y en a un paquet qui viennent sans pommes, ben on fait ça comme cadeau pour le service rendu et la participation à la journée. 

La condition, c'est de ramener les bouteilles vides, et c'est là où y'a un hic.

Cette année on a dû acheter de notre poche 150 bouteilles, car on ne nous les a pas ramenées (sachant qu'une bonne partie avait déjà été achetée par le passé). Du coup, ben on a décidé de faire payer une consigne équivalente au prix des bouteilles, c'est à dire 30 cts.

La plupart de ceux qui faisaient le jus avec nous sont partis en suivant l'ami qui s'est désolidarisé de nous et a monté son pressoir. Raison invoquée: Ah oui, mais chez lui, c'est vraiment du collectif... évidemment, il a des pommiers chez lui, et il met toutes les pommes à disposition de tous ceux qui participent (et bien évidemment, c'est lui qui se fade la récolte avec quelques courageux, les autres derrière profitent). Et puis ensuite, il met les bouteilles de jus à disposition dans un local, et ceux qui ont besoin et qui ont participé se servent durant l'année comme bon leur semble.

Y'a tout un paquet de profiteurs qui y ont vu leur intérêt, vous pensez bien.

Sauf que là, on l'a eu au téléphone l'autre jour, le copain. Il était dégoûté parce que toutes les bouteilles ses sont évaporées dans la nature, donc il doit en racheter (même problème que nous 😏) Donc il doit repayer de sa poche un nouveau lot. Et puis surtout, ben, du jus de pommes, il n'en a pas bu. Ben oui, les gens se sont servi, et ne lui en ont pas laissé. C'est beau quand-même, la communauté.

C'est pour ça, je ne suis pas malheureuse, finalement, que ce genre de personnes ne soient plus des notre, même si on a dû quasiment  reformer une équipe entière (sauf quelques irréductibles fidèles;-).

Un année, on avait participé au pressoir chez lui. C'était comme dans un moulin, les gens arrivaient avec une cagette de pommes, filaient un coup de main d'une heure, puis se barraient avec des bouteilles de jus alors qu'en fait, on n'avait même pas encore vu la distribution et le rendement. Et il y en a un, il s'était bien servi le saligaud. Et nous, on était là depuis le matin tôt jusqu'à la nuit à trimer à voir passer les parasites.

Pourtant, je suis plutôt partageuse, mais enfin, y'a des limites. Combien de fois dans ma vie,  je me suis retrouvée à bosser pour la communauté alors que d'autres n'en foutaient pas une? Combien de fois est ce qu'on a profité de ma gentillesse et de ma serviabilité? ... pfff, à force de côtoyer des profiteurs, ben on y devient allergique. Il y a des gens que l'on voit venir de loin et que l'on finit par ne plus supporter.

Et la vie en communauté, ben, on y adhère plus vraiment. 

Même si des fois c'est sympa...quand c'est encadré et régit par des règles, des fois ça fonctionne à peu près. Demain par exemple, la journée pressoir sera bonne enfant et équitable, mais il faut voir aussi qu''en amont, il y a un gros boulot de mise en place que nous nous sommes fadés tout seuls. 😉

Rédigé par Loukoum

Publié dans #tranches de vie, #Petites histoires de rien du tout, #Regards

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